Il y a des endroits qui vous changent. Qui s’installent en vous sans prévenir et ne repartent plus jamais. Minorque est de ceux-là.
Depuis que j’ai posé les pieds sur cette île pour la première fois, j’ai eu envie de tout photographier. Pas pour montrer, mais pour garder. Pour figer ce que les yeux n’arrivent pas à mémoriser assez vite la lumière à six heures du soir sur les falaises, le blanc immaculé des façades de Ciutadella, le vert des pinèdes qui plonge d’un coup dans le bleu de la mer.
Une île qui se mérite
Minorque ne se livre pas au premier regard. Elle se découvre lentement, à pied, par les chemins de terre rouge du Camí de Cavalls, entre deux calas que seuls ceux qui marchent méritent de voir.
Ce que j’aime dans sa géographie, c’est son imprévisibilité. Le nord et le sud de l’île ne racontent pas du tout la même histoire. Au nord, les côtes sont déchirées, sombres, battues par la tramontane. Au sud, les criques s’ouvrent comme des parenthèses de calcaire blanc sur une eau turquoise presque irréelle.
Les deux me fascinent pour des raisons opposées.
L’architecture, un personnage à part entière
Ce qu’on voit moins sur les cartes postales, c’est l’architecture de l’intérieur des terres. Les llocs ces grandes fermes menorquines aux volets verts et aux murs épais qui se fondent dans le paysage comme si elles avaient toujours été là.
Et puis Ciutadella, avec ses palais gothiques, ses ruelles qui sentent la pierre chaude et le jasmin. Mahón et son port, l’un des plus grands ports naturels de Méditerranée, qui garde les traces d’une histoire longue et plurielle.
Photographier Minorque, c’est comprendre que le temps s’y compte différemment.



